Foire aux questions

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Pourquoi vous êtes-vous spécialisés dans la formation des enseignants du public ?

C’est l’histoire de notre association qui nous a conduits à nous spécialiser dans la formation des enseignants : Jacqueline Lefrançois, notre première formatrice avait déjà visualisé avant tout le monde  la pertinence de cette pédagogie pour la majorité des enfants, issus de tous milieux sociaux. Lire la suite de notre histoire….

Une pédagogie différenciée, comment est-ce possible avec 26-30 élèves ?

La pédagogie Montessori est particulièrement bien adaptée aux classes à plusieurs niveaux.

L’utilisation du matériel individuel permet un rythme varié qui s’adapte aux nombreux niveaux d’aptitudes dans la classe. Un enfant plus jeune ou plus lent peut travailler pendant des semaines avec le même outil sans retarder les autres enfants de la classe. Les enfants plus âgés ou plus avancés peuvent, au sein d’une même classe, aller d’un matériel à l’autre relativement rapidement, en évitant ainsi l’ennui d’avoir à attendre que les autres enfants les rattrapent. Les enfants sont constamment stimulés par le vaste choix de matériels et leurs nombreuses utilisations.

Quel est le rôle de l’enseignant ?

L’enseignant est, avant tout, un observateur très attentif des besoins et des intérêts individuels de chaque enfant.

Son travail quotidien est le fruit de ses observations plutôt que celui d’un programme plaqué. Il montre l’utilisation correcte du matériel tel qu’il a été choisi par chacun des enfants. Il observe avec soin le progrès de chaque enfant et prend des notes sur les travaux accomplis par chaque enfant. Il est entraîné à reconnaître les périodes d’empressement, dites périodes sensibles. Quelquefois il doit détourner un enfant qui choisit un matériel qui dépasse ses capacités; d’autres fois il doit encourager un enfant hésitant….

Pourquoi tant d’importance est-elle apportée à la manipulation individuelle ?

Maria Montessori a toujours soutenu que la main est le professeur principal de l’enfant. Pour apprendre il faut de la concentration, et la meilleure façon pour un enfant de se concentrer et de fixer son attention sur quelques tâches est de l’accomplir avec ses mains (chez l’adulte, l’habitude de griffonner est un vestige de cette pratique). Tout le matériel d’une classe Montessori permet à l’enfant de renforcer ses impressions inconscientes en l’invitant à utiliser ses mains pour apprendre.

En quoi la pédagogie Montessori, vieille de plus de 100 ans est-elle encore pertinente pour les enfants d’aujourd’hui ?

Un enseignement individualisé, au rythme de l’enfant apporte contentement et paix, tant à l’enfant qu’à l’éducateur-enseignant.

La clarté des propositions données par le matériel et les présentations qui en sont faites.

La confiance que l’enfant prend en lui, « parce qu’il y arrive » !

La joie d’apprendre est manifeste, et nourrie très régulièrement par un approfondissement des notions « étudiées » et par de nouvelles présentations.

Le plaisir de manipuler rend beaucoup plus actif qu’avec un crayon devant une feuille de papier, et transforme un travail, souvent astreignant en pédagogie traditionnelle, en un jeu, un défi à résoudre.

L’erreur n’est pas sanctionnée, mais est vécue comme une étape du cheminement vers la connaissance.

Isoler la difficulté est une idée de Maria Montessori dont la pertinence se vérifie chaque jour.

Pourquoi ne distinguez-vous pas le 3-6 ans et le 6-12 ans comme cela se fait traditionnellement en pédagogie Montessori ?

Il est vrai que, traditionnellement, en Montessori, on distingue très nettement le 3-6 ans, appelé « 1er plan du développement » du 6-12 ans, nommé « 2ème plan de développement ». L’expérience nous a montré que les programmes de l’Éducation Nationale sont composés bien différemment de l’approche prônée par Maria Montessori.

Notre engagement se situant au niveau des enseignants de l’Éducation Nationale, nos programmes de formation sont destinés à leur donner les moyens de faire évoluer leurs pratiques tout en restant dans le cadre Education Nationale.

Beaucoup de notions transmises au cours de nos stages « élevés » (stages 3 à 6) servent énormément aux enseignants de l’école élémentaire, même si elles ne correspondent pas complètement à la « théorie » Montessori pour le 6-12 ans : elles rendent service à tellement d’enseignants et surtout d’enfants de l’école publique que nous trouvons déjà très « chouette » que ceux-ci aient accès à ces aides précieuses que constitue le matériel didactique et le changement de posture de l’enseignant !

Peut-on envisager la pédagogie Montessori comme un moyen de remédiation au collège ?

« Enseignante en mathématiques dans un établissement secondaire genevois, je suis régulièrement confrontée aux difficultés de mes élèves à accéder à la symbolisation et à l’abstraction. Beaucoup d’entre eux n’ont pas acquis des notions de base enseignées en primaire. Ainsi, le concept de division, les décimaux, les conversions d’unités sont autant d’obstacles récurrents à leurs apprentissages. A  la source de ces problèmes rencontrés par les élèves, se trouvent très souvent des acquisitions manquées en primaire. Quels pourraient être les apports d’une pédagogie basée sur la manipulation sensorielle telle que la pédagogie Montessori pour ces élèves ? Peut-on envisager la pédagogie Montessori comme un moyen de remédiation au collège ?

La manipulation des objets est une nécessité pour construire les images mentales menant à l’abstraction. Chez certains collégiens en difficulté scolaire, ces images font défaut et l’évocation mentale est alors difficile. L’introduction (ou ré – introduction pour autant que les objets aient été utilisés au primaire) du matériel semble alors un recours naturel.

L’usage de l’objet permet aux enfants de bâtir des notions sans être freinés par une mauvaise maîtrise de l’acte grapho-moteur. Affranchis de la lourdeur du geste graphique, l’enfant dispose de ressources supplémentaires disponibles pour la construction des concepts.  Pour certains collégiens, les exécutions graphiques sont encore lentes et laborieuses ce qui est un véritable obstacle à de nouveaux apprentissages. Travailler avec des objets et ainsi, offrir la possibilité à ces élèves de se focaliser sur de nouvelles notions sans parasitage me paraît une véritable piste de travail. Solliciter les élèves sur différents registres (kinesthésiques, visuels) permet « d’atteindre » tous les élèves, les enseignements « traditionnels » ayant tendance à trop privilégier les élèves dits «auditifs ». Cela est un point particulièrement critique dans mon établissement où beaucoup d’élèves sont d’origine étrangère et rencontrent de réelles difficultés avec la langue. Il est alors d’autant plus important d’offrir la possibilité à ces élèves d’acquérir des connaissances au moyen d’autres modes de représentations.

Une caractéristique notable de la pédagogie MONTESSORI est l’absence d’encouragement de l’enfant. C’est un aspect de la pédagogie qui m’a paru, dans un premier temps, assez déconcertant. J’ai ensuite réalisé l’enjeu de cette posture de l’enseignant. L’enfant doit trouver en lui la motivation à acquérir de nouvelles connaissances et à réaliser une tâche. Cette motivation interne, véritable moteur des apprentissages, lui permet de se rendre non tributaire d’une autre personne (en particulier l’enseignant) et de devenir autonome. Dans le cadre de la pédagogie MONTESSORI, les élèves peuvent chercher librement le moyen de résoudre un problème. En outre, ils peuvent choisir  les supports matériels qui leur semblent les mieux adaptés pour l’activité qui leur est présentée. L’élève, devenu chercheur, a le droit à l’erreur et peut tâtonner librement, l’usage des objets facilitant la multiplicité des essais et leur confidentialité. L’erreur n’étant plus perçue comme une faute, l’élève peut s’initier à la démarche scientifique. La pédagogie MONTESSORI s’attache à bâtir des activités où l’élève est en mesure de vérifier seul sa solution. Ce changement de contrat didactique est important. Cette dévolution de la responsabilité de la validation à l’élève est un moyen de le rendre autonome dans ces apprentissages. En s’inspirant de la pédagogie MONTESSORI pour laquelle le maître mot est l’autonomie dans les apprentissages, il semble possible de mettre en place un autre type de contrat didactique dans des classes de collège. L’élève est responsable de la validation de ces résultats, l’erreur est une étape nécessaire et « acceptée » de l’apprentissage, la motivation de l’élève à apprendre est interne.

En rapprochant mes observations faites auprès des enfants de l’école MONTESSORI de celles faites chez les collégiens en difficulté scolaire, j’ai pu réaliser que les fondements de l’abstraction se bâtissaient au primaire et à quel point il est important de bâtir les savoirs fondamentaux sur une pédagogie de l’expérience. Réhabiliter la manipulation d’objets auprès d’élèves plus âgés en difficulté me semble un moyen de redonner du sens aux apprentissages, de faciliter la construction des savoirs et d’établir des liens entre eux. »

Sophie, professeur de mathématiques en collège